Des mots aux livres :
Des livres, des livres, des livres…C’est pas que je lusse beaucoup. Je lisais, je relisais même. Mais tous m’étaient nécessaires.
Colette, La Maison de Claudine.
L’histoire d’Aurore Badin de Montjoye avec la reliure commence au plus près des mots, dans les bibliothèques de l’enfance peuplées de récits parcourus et fantasmes, dans les salons labyrinthiques où les livres exercent cette singulière présence de gardiens. Là, ils sont déjà, à la fois langage voilé et dévoilé, secrets ornés d’un coffret, objets précieux, bavards et silencieux. Ils déploient à la lumière comme dans l’ombre, l’aura sensuelle des oeuvres d’Art. Leur poids, leur odeur, leurs lettres, leur titre et le grain de leur cuir appellent le désir de qui les contemple, et comme chez Colette, il n’est pas besoin de prendre la lampe pour choisir l’un d’entre eux, le soir :
« il suffit pianoter le long des rayons ».
Aurore décide de leur dédier ses premières années universitaires. De 2010 à 2013, elle étudie à l’université Paris-Diderot où elle obtient une licence en littérature française. Ces années parisiennes sont l’occasion de nombreuses recherches dans les diverses librairies de la capitale où sa curiosité s’épanouit. Passionnée de littérature ancienne, elle s’interroge sur le rapport du livre au temps et sur sa vocation à devenir un lieu de passage, le seuil et l’empreinte d’un moment de vie, vision qu’elle conservera dans ses travaux futurs.
Des mots, Aurore glisse aux livres et à leurs seuils : En 2014, elle entame une formation de trois ans à l’atelier de reliure des Beaux-Arts de Versailles, reconnu pour l’exigence de son enseignement. Elle y apprend l’ensemble des techniques de reliure traditionnelle liées à la préservation des ouvrages, à leur fonctionnalité, à leur esthétique. Ces années d’apprentissage façonnent en elle une artiste minutieuse, ayant soin d’interroger chaque objet (son histoire singulière, son état, sa nature, sa composition) pour formuler, de ses mains, la réponse qu’appelle chacun d’entre eux : le geste, la matière, que chaque ouvrage réclame.
Elle obtient en 2017, un CAP des métiers de l’art en reliure-dorure et s’honore de la qualité d’artisan d’art.
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Les petits cahiers de Rita
Novembre 2017, Aurore lance son propre atelier. Elle y propose aussi bien un travail de reliure traditionnelle :
- Reliure (toile, demi-cuir, plein cuir)
- Bradel (toile, plein papier)
- Emboitage
- Etuis, chemises, boites de conservation…
que des créations variées avec différents de carnets d’écriture, de dessins, photos…
Pour chacun de ses ouvrages, elle tient à faire dialoguer le savoir-faire traditionnel et l’exploration de qualités plastiques exotiques, renouvelant notre rapport à l’objet.
Aurore met sa curiosité des textures, au service de notre surprise et se sert d’un ample répertoire de matériaux. Chaque ouvrage est ainsi pensé comme une expérience sensuelle singulière qui nous fait rêver les origines de l’objet, les éléments qui le composent. L’oeuvre est envisagée comme une rencontre organique la plus hétéroclite possible, un jeu sur les variations.

Amatrice de peinture, qu’elle a étudié et pratiqué, Aurore souhaite nous faire vivre ses créations comme des tableaux. Ses collections sont des ouvrages à toucher, mais aussi à scruter. Loin de s’adresser à un consommateur empressé, ses travaux s’offrent pleinement à l’observateur qui aura le goût de s’attarder sur leurs détails, leurs nuances, leurs sous-texte. Nourrie d’influences extrêmement variées (les peintres Toulouse Lautrec, Pollock, Kandinsky, l’architecte Gaudi, le mouvement Art Déco…) Tantôt esthétique graphique, de la géométrie fine, de la symétrie à la ligne, tantôt esthétique du collage, du foisonnement, du dripping, tantôt rêverie sur les formes naturelles, son travail explore toutes les possibilités plastiques de l’objet.
Les petits cahiers de Rita sont aussi pensé dans la multiplicité de leur formats. Le livre, le cahier correspondent à un moment de vie, de rêverie, de contemplation, et ses dimensions accompagnent le mouvement, le voyage. Chaque création est donc envisagée comme un compagnon de route et l’ouvroir d’un imaginaire inédit.

